Thierry NERZIC

Coordinateur du comité de soutien                                                     

      

 Kofi YAMGNANE

Vice president CG29           

        

 

 

Les points clefs du discours :

 

- "Nous avons besoin de déconstruire la droite et de reconstruire la gauche." Déconstruire la droite, c'est comprendre les mécanismes par lesquels le gouvernement endort l'opinion et manie les médias.

 

- Le paquet fiscal est inefficace et injuste. Il pourrait bien s'avérer être un "boulet fiscal".

 

- La droite va se cogner au réel. Elle sera confrontée, c'est pour les prochains mois, à un "contre choc de méfiance". Elle tentera d'allumer des contre-feux en divisant ou en utilisant par exemple la question de l'immigration pour faire oublier ses échecs économiques et sociaux. Face à cela, le Parti socialiste doit mener une opposition claire et responsable.

 

- Les socialistes doivent revendiquer leurs valeurs, qui sont parfaitement actuelles : la liberté, l'égalité, la solidarité et la laïcité.

 

- Pour répondre aux nouveaux enjeux, il faut des propositions audacieuses et novatrices.

 

Quatre propositions concrètes :

- Pour assurer le respect de la démocratie, inscrire, dans la Constitution, l'exigence d'une expression pluraliste des radios et télévisions, un tiers pour le Président, ses collaborateurs et les membres du gouvernement, un tiers pour la majorité parlementaire, un tiers pour l'opposition.

- Pour limiter les rejets de CO2 dans l'atmosphère, mettre en place une pollutaxe climat-énergie.

- Pour financer les dépenses liées à l'allongement de la durée de la vie (retraites, dépendance, santé), mettre également à contribution les revenus du capital.

- Pour être offensif dans la mondialisation, mettre en place une Communauté européenne de la Recherche et de l'Innovation, ces deux matières premières du futur, Communauté qui pourrait constituer la première « coopération renforcée » effectivement mise en place, notamment avec les pays de l'Euro.

 

- Clarifier notre stratégie. "Nous sommes pour le rassemblement à gauche ; nous n’écartons pas par principe de ce rassemblement des personnes ou des forces qui ne s’y trouvaient pas auparavant mais à la condition incontournable qu’existe une cohérence politique. Cohérence nationale, c’est-à-dire refus des accords à la carte. Cohérence de projet, c'est-à-dire affirmation d’objectifs nationaux et locaux communs avec ces partenaires et d'abord le rejet de la politique économique, sociale et fiscale actuelle. Force est de reconnaître que cette cohérence n’existe pas aujourd’hui."

 

- Construire un grand Parti socialiste capable de rassembler 35% des voix au premier tour. "Quand je réfléchis à plus long terme, j'ai même à l'esprit un mouvement rassemblant encore plus largement que le PS aujourd’hui les sensibilités de la gauche, un mouvement socialiste et progressiste. C'est dans cette perspective de l'unité la plus large qu'il faut reconstruire."

 

Cette tribune a été publiée par le Journal Libération. Je vous propose d'en prendre connaissance.

Sans penser à mal, nous sommes en train de commettre collectivement un crime contre les générations de demain.

Malgré tous les discours, l’avenir et sa préparation sont en effet les sacrifiés de la politique telle qu’elle va. L’agitation tient souvent lieu d’action. L’instantané médiatique sert de ligne d’horizon. L’émotion supplante la réflexion. Or la France et l’Europe ont besoin d’un cap pour le long terme. Et pour fixer un cap, il faut des points cardinaux.

Notre premier point cardinal, ce devrait être l’environnement. En dépit des cris d’alarme, la plupart des dirigeants politiques et économiques continuent de laisser polluer et saccager notre planète.

Les conditions météorologiques extrêmes de cet été sont pourtant un nouveau signal. Pour prendre le seul problème du gaz carbonique largement responsable de l’effet de serre et des dérèglements climatiques, en supposant même que nous parvenions à stabiliser les émissions par habitant, celles-ci augmenteront pour des raisons démographiques de 40 % dans les 40 prochaines années. Cela s’appelle une catastrophe.

Une stabilisation globale impliquerait de ramener en une décennie les émissions 40 ans en arrière, non seulement pour les Européens, qui s’y sont engagés, mais pour l’ensemble de la planète. On n’en prend pas le chemin !

Nous colloquons, nous protestons, mais nous détruisons. Dans le palmarès de ce qu’il faut bien appeler les éco-criminels, les Etats-Unis viennent en tête. L’Europe commence seulement d’agir. Quant à la Chine - dont 2008 sera la grande année - lorsqu’elle « s’éveillera » au risque environnemental, que restera-t-il à sauver ?

La conclusion est aveuglante, il existe un besoin urgent, vital au sens propre, d’actions politiques : économiser drastiquement l’énergie et en diversifier les sources ; encourager massivement la recherche et l’innovation ; respecter des normes sévères anti-pollution dans les domaines industriel et agricole ; révolutionner les transports, l’habitat et la fiscalité vers cet objectif ; adapter nos modes de consommation et d’alimentation ; mettre en place une Organisation mondiale de l’environnement. Aucune de ces tâches n’est compatible avec une approche traditionnelle, confiant au seul marché le soin d’agir. Nous avons besoin d’une régulation nationale et internationale forte, d’une priorité absolue reconnue au long terme, à la personne humaine et à la vie, thèmes qui doivent être précisément ceux de la gauche. A la France, en lien avec l’Europe, d’engager la rupture sur ce terrain-là.

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Le deuxième point cardinal, c’est l’allongement de la durée de vie, le vieillissement. Là aussi, les données chiffrées sont à la fois négligées et implacables.

Toujours dans les 40 ans qui viennent, la population mondiale dépassera 9 milliards d’habitants contre 6 aujourd’hui. Cet accroissement sera concentré à près de 40 % sur l’Afrique et à plus de 50 % sur l’Asie, ce qui redistribuera le jeu mondial. L’Inde, la Chine, le Brésil se renforceront, les États-Unis seront bien placés, l’Afrique pauvre risque de s’appauvrir encore plus, le Japon, la Russie et l’Europe vieilliront, avec une situation particulièrement critique pour l’Europe du Sud et pour l’Allemagne. Ces bouleversements soulèveront d’immenses problèmes d’environnement - toujours lui -, de croissance, de niveau de vie, de santé, de migrations, d’urbanisme, d’aménagement du territoire.

La préoccupation du vieillissement recoupe notamment les questions de santé et de retraite. En France, elles n’ont pas été vraiment traitées pendant la campagne électorale. Il est impératif de le faire maintenant. Sur le premier point, l’instauration d’un « franchise médicale », qu’il vaudrait mieux appeler « taxation médicale », outre son caractère injuste, ne constitue pas une solution à la hauteur des défis : c’est d’abord sur l’offre de soins et sur la prévention qu’il faut agir. Sur les retraites, posons aux Français la question de fond, celle du degré de solidarité qu’ils souhaitent. Nous possédons un atout, notre excellente démographie, mais nous connaissons une faiblesse grave, le médiocre taux d’emploi des jeunes et des seniors. Là aussi, l’action est urgente, elle ne peut pas être différée.

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L’exigence du développement partagé et de l’égalité réelle fournit le troisième point cardinal. Chacun constate que notre société se délite sous les coups de boutoir des affrontements entre quartiers, générations, ethnies, religions. Citoyenneté, laïcité, solidarité sont mises en cause alors qu’elles devraient être notre triangle magique.

L’appartenance pleine à notre communauté nationale doit être assurée par et pour chaque citoyen. Quels que soient son habitation, sa confession, son âge, sa couleur de peau, chacun(e) a droit à une égalité réelle et pas seulement incantatoire. Pour cela, l’action publique doit être rendue plus ciblée et plus efficace. La lutte contre les discriminations doit être renforcée. La laïcité, valeur essentielle de la gauche, constitue un véritable trésor dans un monde miné par la confusion violente entre le domaine de César et celui de Dieu ; elle est probablement ce que la République française peut proposer de plus utile aux autres nations pour réduire les conflits. Dans l’hexagone, nous devons réaffirmer cette laïcité à l’école, pour l’État et plus largement pour toute la société. Elle sera convaincante si elle s’accompagne d’égalité en actes. C’est là qu’intervient la solidarité.

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Précisément, le financement solidaire constitue notre quatrième point cardinal. Pour l’Union européenne, le vieillissement de la population et la mauvaise maîtrise de nos finances publiques aboutiraient, si aucune mesure correctrice n’est prise, à faire passer la part de la dette par rapport au produit intérieur brut de plus de 60 % aujourd’hui au chiffre faramineux de 250 % en quatre décennies. Dans un contexte où la répartition entre riches et pauvres est tragiquement inégalitaire, où le partage est déséquilibré entre capital et travail comme entre actifs et inactifs, et alors même que la marchandisation s’étend, cette question du financement solidaire est décisive.

Je plaide pour que certains domaines soient « sanctuarisés » et pour un accès universel aux services essentiels : éducation, culture, santé, eau, assainissement. C’est une mission de la gauche d’agir en ce sens par tous les canaux disponibles, notamment l’édiction de normes internationales et la construction de services publics modernes, ainsi que par la généralisation la plus large des sciences et des techniques.

Le rôle des entreprises et des entrepreneurs privés est crucial mais nous devons veiller aussi à assurer des moyens d’action efficaces à la puissance publique nationale, européenne et internationale. Ils sont indispensables au respect de l’intérêt général ; on vient encore de le constater avec la crise financière née des « subprimes » américaines. La gestion publique doit être profondément réformée. Les cas de maladministration doivent être sanctionnés. Ils ne doivent pas pouvoir être utilisés pour délégitimer l’intervention et les ressources publiques. Sinon, la crise ira de plus en plus à la crise, le déséquilibre au déséquilibre, et la pauvreté à la pauvreté !

Cela vaut notamment pour la France. Nos comptes ont viré au rouge cramoisi, et il y a malheureusement lieu d’être interrogatif face aux choix économiques et fiscaux actuels. Attendons les premiers résultats pour juger ; mais consacrer plus de 10 milliards d’euros chaque année à des mesures fiscales qui ne muscleront vraiment ni la demande (plutôt l’épargne) ni l’offre (ce qui serait pourtant nécessaire) risque de procéder d’un contresens économique pour se terminer par de profonds contrechocs sociaux.

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Ce que je veux dire, c’est ceci : que les responsables politiques, au lieu de de s’agiter médiatiquement et de polémiquer inutilement, veuillent plutôt considérer ces quatre points cardinaux, ces quatre problèmes de fond : environnement, vieillissement, développement, financement. Et qu’ils s’engagent sur leurs solutions. Le citoyen-électeur retrouvera peut-être alors le sentiment qui seul nourrit les projets, mobilise les pays et permet le progrès : la confiance.

Nous sommes les enfants du 21 avril 2002 et du 6 mai 2007. Nous appartenons à une génération pour qui les victoires de la gauche sont de plus en plus lointaines, alors que ses échecs se font toujours plus cruels. Nous voulons que cela cesse.

Nous voulons que les socialistes et la gauche se remettent en capacité de convaincre une majorité de Français. Nous voulons gagner en 2012.


 

Une certaine conception de la politique nous rapproche : nous croyons à la force des idées; nous ne pensons pas que l'image puisse remplacer le message, ni les sondages la réflexion politique. Nous sommes attachés aux vertus du travail intellectuel et militant. Nous pensons que le PS a bien sûr besoin d'un leadership fort, mais nous ne croyons qu'aux ambitions collectives.

Cette nouvelle défaite, il faut la regarder en face. Ensemble, les socialistes devront comprendre comment, pour la première fois depuis 1981, l'alternance n'a pas été possible alors que s'exprimait dans le pays une puissante demande de changement. Nous participerons à ce travail, sans esprit de revanche, mais avec une volonté de renouveau. Nous serons exigeants. Nous refusons d'être une génération de témoignage.

Commençons ce travail d'inventaire.

L'élection présidentielle est à la fois le choix d'une personne pour « faire le job » et d'un projet pour répondre aux attentes de nos concitoyens.

S'agissant du premier point, force est de constater que les électeurs ont jugé le candidat de la droite plus convaincant que la candidate du Parti socialiste. Alors que l'on nous prédisait « un référendum anti-Sarkozy », c'est finalement notre candidate qui a polarisé l'élection à son détriment. Les choix de forme et de fond faits lors de la campagne participative puis à l'occasion du débat du second tour ne sont pas étrangers à cet échec personnel. L'orientation sociétale et morale décidée par notre candidate n'a pas convaincu une majorité de Français qui attendaient d'abord des propositions économiques et sociales. Le second tour des législatives a confirmé la pertinence de ce terrain pour le PS.

Mais, désormais, c'est surtout le projet qui nous importe. Les lacunes de l'offre politique de Ségolène Royal pendant la campagne ont aussi reflété celle du projet socialiste.

Entre 2002 et 2007, la vie du PS a été rythmée par des déchirements fratricides, comme sur l'Europe, et des synthèses molles, comme au Congrès du Mans. Les clivages idéologiques internes, toujours plus exacerbés, ont freiné le renouvellement. Résultat, nous n'avons pas pu nous doter d'une doctrine à même de rassembler l'ensemble des électeurs de gauche et au-delà.

Quand Sarkozy a su faire la jonction entre l'électorat de la droite et celui de l'extrême-droite sans s'aliéner les voix du centre, nous avons nous fait des soustractions. Politiquement, le PS a un grave problème d'alliances, qui ne pourra pas se résoudre par des appels du pied artificiels à François Bayrou. Sociologiquement, son électorat s'est réduit aux cités et aux bobos, avec une déperdition dans les couches populaires et moyennes. Cela, alors même que nous étions aidés par la volonté des électeurs de gauche de ne pas voir se répéter un 21 avril-bis et qu'une grande partie des électeurs des quartiers a voté contre Sarkozy et non pas pour notre candidate.

Il nous semble donc urgent de reconstruire notre logiciel. Il ne s'agit pas d'être « plus » ou « moins » à gauche, mais mieux à gauche. Il ne s'agit pas d'hésiter entre la tradition et la modernité mais de répondre concrètement aux aspirations des Français. Il ne s'agit pas de creuser nos contradictions, mais de les dépasser.

Pour cela, nous voulons :
  • redéfinir nos valeurs. Avec Sarkozy, c'est une droite décomplexée et qui assume clairement ses valeurs qui l'a emporté. Face à cela, qu'il s'agisse de l'héritage de mai 68, du rôle de l'Etat, de la solidarité, la gauche semble sur la défensive. Or, pour nous, ce sont bel et bien les valeurs de la gauche qui permettront à la France et aux Français de mieux vivre ensemble dans la mondialisation. La gauche doit donc redéfinir son projet historique. Il nous faut repenser la liberté et à la responsabilité, l'égalité et la fraternité, la laïcité et la sûreté, la créativité et l'innovation.
  • dépasser les points de clivage qui ont divisé les socialistes depuis 2002 et même avant : sur l'Europe et la mondialisation ; la croissance et le travail ; la fiscalité et la redistribution ; la sécurité et les libertés ; l'immigration et les identités…les socialistes doivent désormais apporter des réponses claires et crédibles.
  • inventer de nouvelles façons de militer : nous ne pouvons plus être enfermés dans nos sections et cantonnés dans nos courants, mais nous ne voulons pas, pour autant, devenir un parti de supporters et de godillots. Le PS doit être un parti de masse qui réfléchit, diversifie, rajeunit.

C'est pourquoi, bien qu'issus de courants différents du Parti socialiste, nous avons décidé de nous rencontrer le lundi 18 juin pour ouvrir un dialogue autour de ces enjeux essentiels pour l'avenir de la gauche. Ce dialogue, nous le poursuivrons à travers ce site et d'autres rencontres plus larges. Ainsi, nous entendons prendre part au travail de notre génération pour la reconstruction d'une gauche capable d'effacer le double traumatisme de 2002 et 2007 et de gagner en 2012.
 

Sage actif, Laurent Fabius engage la réflexion de fond en vue de la refondation de la gauche en publiant cette tribune dans "Le Nouvel Observateur".  

Pour voir la gauche emporter l’élection présidentielle, il faut remonter près de vingt ans en arrière. C’était François Mitterrand, à ce jour seule figure socialiste dans la galerie des présidents de la Ve République.

Devant cette réalité tout le monde parle de refondation, mais attention aux faux-semblants ! Evitons de jouer « retour vers le passé », l’hypertrophie des égos en plus, un retour présenté paradoxalement comme le dernier cri de la modernité. Il s’agirait notamment d’appliquer en France les recettes traditionnelles de la social-démocratie, longtemps efficaces mais devenues souvent inadaptées face au nouveau capitalisme.

Certes, personne ne possède dès maintenant le sésame de la refondation et je n’entends pas aborder ici en détail les questions importantes d’organisation. Mais pour avancer je suis convaincu que nous devons à la fois maintenir nos valeurs socialistes et revisiter très profondément nos propositions, en les ouvrant davantage sur le monde et sur le futur : c’est la double clé de la refondation.

L’esprit d’ouverture doit d’abord guider l’analyse de notre défaite. Pour 2007, en laissant de côté les questions de personne, toujours discutables, nous avions plusieurs atouts incontestables : le mauvais bilan de la droite, le remords du 21 avril 2002, la forte demande de changement dans le pays et la domination des thèmes de gauche auprès de l’opinion. Ce dernier point doit être souligné. La société française ne s’est pas droitisée. Le refus des excès de la mondialisation financière est vivace. L’exigence de services publics et d’égalité est forte. De nombreuses mobilisations sociales sont survenues ces dernières années. Aujourd’hui, les Français s’inquiètent des nouvelles taxes sur la santé ou des milliers d’emplois d’enseignants supprimés. Ce n’est pas un hasard si le candidat de la droite s’est senti obligé durant la campagne de reprendre dans les mots certaines aspirations de la gauche et si le grand homme de cette séquence électorale fut ... Jean Jaurès.

Une forte demande de gauche donc, qui se termine en victoire de la droite. J’y vois deux raisons principales. Le terrain économique et social a été trop délaissé par nous, au profit de thématiques davantage sociétales, personnelles et morales. La critique des projets de la droite n’a pas été assez convaincante. Ainsi, le fameux slogan « travailler plus pour gagner plus » n’a pas été efficacement déconstruit. Tirons-en au moins une leçon : les socialistes doivent refuser tout sectarisme, ils doivent aussi refuser le confusionnisme consistant à se laisser glisser sur le terrain de l’adversaire qui peut alors brouiller les cartes et manœuvrer à sa guise.

Au plan électoral l’enjeu de la refondation, c’est la reconquête de notre base populaire qui subit de plein fouet la précarisation et les difficultés de pouvoir d’achat. Les données sont claires : c’est d’abord cet électorat qui nous a manqué, en particulier dans les régions industrielles durement touchées par les effets de la mondialisation. Tous ces Français attendent à juste titre de la gauche plus d’égalité (davantage pour le travail et non pour le seul capital), plus de solidarité (investissements publics dans la santé, l’école, le logement, les transports) et plus de protection (sécurité, juste échange plutôt que libre échange). Pour eux, les questions du pouvoir d’achat et de l’avenir de leurs enfants priment sur tout autre sujet. Ils attendent de la gauche des propositions précises, crédibles et opératoires dans ces domaines. C’est notre défi.

La première exigence pour relever ce défi, c’est-à-dire pour conjuguer solidarité et efficacité, consiste à clarifier enfin notre rapport à la mondialisation. Nous n’avons pas su le faire jusqu’à présent. Evidemment celle-ci constitue un phénomène très complexe. D’un côté, l’ouverture des frontières, la mise en réseau des hommes et des cultures et les avancées technologiques conduisent à un développement humain positif. De l’autre côté, le capitalisme financier creuse les inégalités et en installe de nouvelles ; le marché, utile en lui-même, affaiblit les régulations et les normes dès lors qu’il devient tout puissant ; la recherche systématique de la rentabilité à court terme détruit souvent l’environnement, oppose les individus, déséquilibre les territoires.

Certains ne voient dans la mondialisation que ces désordres et s’enferment dans la seule dénonciation. C’est l’impasse de l’ultragauche dont le diagnostic est parfois juste, mais qui laisse l’espace aux ultra-libéraux faute d’apporter des réponses crédibles. D’autres croient en une « mondialisation heureuse » et recommandent l’adaptation, voire la résignation. Ainsi s’exprime parfois une certaine branche de la sociale démocratie lorsqu’elle prône seulement l’insertion dans la mondialisation telle qu’elle est, estimant possible d’établir des compromis à la façon des années 50. Le problème est que la mondialisation financière actuelle déséquilibre les rapports de forces au profit du capital, précarise les salariés et déstabilise l’action publique dans chaque Etat, rendant largement caduques les vieilles méthodes. Prôner un « socialisme du réel » est juste mais n’a de sens que si on n’oublie pas en cours de route que le réel est devenu plus libéral et plus brutal.

C’est pourquoi je pense qu’aucune de ces voies - l’ultragauche et l’infragauche - n’est vraiment satisfaisante. Oui, la double clé de la refondation, c’est la rénovation de nos propositions dans la fidélité à nos valeurs. Car ces valeurs ne sont pas dépassées. Face à la précarité et à l’individualisme, il y a besoin d’égalité et de solidarité. Face aux communautarismes, il y a plus que jamais besoin de laïcité. Face à la marchandisation généralisée, il y a besoin de services publics et de développement durable. Face à la concentration des pouvoirs, il y a besoin de démocratie libre et de pluralisme. Face à l’explosion des nationalismes, au risque de guerre des civilisations et aux inégalités internationales, il y a besoin d’Europe et d’internationalisme. La gauche doit revendiquer ses valeurs. La gauche moderne n’est pas une gauche droitière.

Je refuse le choix qu’on cherche à nous imposer entre archaïsme et libéralisme. A bien des égards, c’est le libéralisme qui est archaïque. Ses solutions, appliquées durement, mènent souvent aux reculs sociaux, à l’accroissement des inégalités et au saccage de l’environnement. Le socialisme, lui, est fondamentalement progressiste. Nous défendons les conquêtes sociales, nous proposons de développer de nouveaux droits, de créer de nouveaux gisements d’emploi et de croissance, d’agir contre les inégalités, nous refusons l’obscurantisme, nous croyons dans la science et la technique, nous encourageons de nouvelles découvertes améliorant le sort de l’homme.

Mais pour faire vivre ces valeurs dans un monde qui a changé et qui va changer, nous avons besoin de propositions très novatrices. Ne redoutons pas d’être audacieux. Quatre exemples.

Le rapport capital - travail : là où la mondialisation financière exerce une pression à la baisse sur la rémunération du travail, notre réponse en direction de l’emploi et du pouvoir d’achat doit viser la « compétitivité par le haut » et non la course au moins disant. Pour la France, cela implique d’investir beaucoup plus qu’aujourd’hui dans l’enseignement supérieur, la formation, la recherche, la culture, l’innovation ; d’encourager - eh oui ! - les entrepreneurs et l’esprit d’entreprise ; de sécuriser les parcours professionnels et d’améliorer la santé au travail ; de soutenir le pouvoir d’achat par l’amélioration des salaires, des pensions et par une meilleure répartition ; de repenser l’organisation du temps de travail, tout au long de la vie en tenant compte du vieillissement, donnée majeure.

L’Europe : pour agir contre les dérives du libre-échangisme, nous devons proposer de nouvelles régulations. Une vraie réciprocité dans les pratiques commerciales, la lutte contre le dumping social et environnemental, la pénalisation des entreprises prédatrices doivent devenir de nouveaux mots d’ordre. Nous devons relancer et réorienter la construction européenne sans nous contenter de simples ripolinages institutionnels. Pour bâtir une véritable souveraineté économique et sociale de l’Union européenne, l’objectif de convergence sociale européenne doit être réactivé, un budget commun pour la recherche et l’innovation mis en place, une politique monétaire de croissance remplacer celle de l’euro cher, le fétichisme de la concurrence laisser place à une politique industrielle et énergétique concertée. Un tarif extérieur commun doit se substituer aux dérives actuelles.

La puissance publique : dans certains domaines, nous devons rétablir des leviers d’action. C’est le cas pour notre approvisionnement énergétique, enjeu majeur du siècle à venir et secteur où la France possède des atouts magnifiques. De même pour notre capacité à stimuler l’économie, par exemple en faveur des PME innovantes. Dans d’autres domaines tels que la solidarité, nous devons rénover les mécanismes grippés pour éviter, par exemple, les dépendances durables ou l’assistanat. C’est à la gauche de se fixer comme objectif d’améliorer partout l’efficacité de l’action publique, celle de l’Etat et des collectivités territoriales à travers des solutions innovantes.

L’environnement enfin : sa dégradation est gravissime. Elle est, j’en suis convaincu, encore plus avancée qu’on ne le dit. L’exigence écologique doit devenir transversale. Elle doit être prise en compte dans toutes nos politiques nationales et dans toutes les négociations internationales. Une fiscalité écologique doit être mise en place. La recherche d’économies d’énergie doit être généralisée et le ferroutage massivement développé. Socialiste et écologiste, au 21ème siècle, ces deux combats n’en font plus qu’un.

Je n’ai pas évoqué ici les questions d’organisation, mais pour refonder la gauche, il faudra évidemment la rassembler, donc accepter ses différences. A cet égard, le Parti socialiste a vocation à couvrir un espace idéologique et électoral plus vaste qu’aujourd’hui, allant des antilibéraux au centre-gauche. Les alliances avec les communistes, les radicaux, les verts, les progressistes, devront se nouer sur la base du projet socialiste et non à la va-vite. Le recrutement militant devra être diversifié, le fonctionnement moins « personnalisé », le débat d’idées stimulé. Un tel parti, socialiste et progressiste, pourra alors obtenir au moins 35% des voix au premier tour des élections. Cet objectif est parfaitement accessible à condition que chacun accepte de travailler ensemble, de tirer les leçons du passé, de faire taire ses rancunes et ses rancœurs, de s’ouvrir à l’avenir et au monde tout en sachant résister à l’air du temps. Un énorme travail d’unification et d’imagination est indispensable, qui ne peut pas être une opération de laminage. On cherche une méthode pour cette refondation ? Je propose celle-ci : traiter d’abord sérieusement les questions de fond.

 

Laurent Fabius a appelé dimanche soir à "la refondation du PS sur les bases d’une gauche moderne, d’une gauche ouverte au monde". Le député de Seine-Maritime a été réélu dans la 4e circonscription de Seine-Maritime avec 67,54% des suffrages exprimés.

 

L’ancien Premier ministre Laurent Fabius a salué "un rebond spectaculaire du Parti socialiste et de la gauche" au second tour des législatives.

"Les Français n’ont pas voulu qu’il y ait une concentration énorme des pouvoirs et le thème du rééquilibrage a été important dans les résultats", a estimé M. Fabius.

Le deuxième thème qui explique ces résultats a été selon lui "l’affaire de la TVA". "En posant une question au représentant du gouvernement (Laurent Fabius a fait apparaître la question de la TVA en interpellant Jean-Louis Borloo dimanche dernier), on s’est aperçu qu’il y avait ce projet de TVA", a-t-il rappelé.

"Dans la semaine, le Premier ministre a confirmé qu’il y avait un projet d’augmentation de 5% de la TVA et dans le même temps a dit ’pas de coup de pouce au Smic’", s’est-il étonné.

Les Français ont sanctionné, selon M. Fabius, "une politique finalement très ciblée socialement en faveur des plus favorisés".

A propos du Premier ministre François Fillon, Laurent Fabius a déclaré : "Je crois qu’il va falloir qu’il tienne compte de la nécessité de l’équilibre et aussi du fait que beaucoup de Français ne veulent pas de cette orientation injuste".

Concernant le Parti socialiste, il a insisté sur la nécessité de l’unité et de la refondation. "Ce que j’ai entendu tout au long de cette campagne", a-t-il rappelé sur France-2, "c’est : soyez combatif et soyez unis".

"Il va falloir refonder le Parti socialiste à partir des enseignements tirés des présidentielles et des législatives", a expliqué Laurent Fabius. "Il est clair que la refondation doit se faire sur des bases d’une gauche moderne, d’une gauche ouverte au monde et qui sait faire la différence par rapport à la droite sur le terrain économique et sociale".

Le PS doit s’attaquer "d’abord aux questions de fond, aux idées" avant les questions de personne.

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