Thierry NERZIC

Coordinateur du comité de soutien                                                     

      

 Kofi YAMGNANE

Vice president CG29           

        

 

 

14 juin 2007

Dans l’entre deux tours, la campagne s’est réveillée entre gauche et droite autour du projet de TVA soi-disant « sociale ». C’est Laurent Fabius qui, le premier, a soulevé ce sujet. C’est lui qui a fait avouer au gouvernement qu’il envisageait de relever la TVA. C’est encore lui qui a déconstruit l’argumentation de la droite et donné les arguments de la contre-offensive à nos candidats sur le terrain.

7 JUIN : Meeting du Zénith de Lille

Laurent Fabius demande à François Fillon d’indiquer clairement ses intentions sur le financement des allégements fiscaux promis par le gouvernement.

Verbatim : « Le Premier ministre actuel a souvent l’occasion de s’exprimer ces temps-ci. Alors je lui pose en votre nom cette question simple : peut-il s’engager avant le premier tour, le deuxième tour des élections, à ce que dans les cinq ans qui viennent, il n’y ait pas d’augmentation de la TVA ? S’il répond, dont acte. S’il ne répond pas, ou s’il trouve des biais, cela signifie que tous les électeurs doivent savoir que lorsqu’on leur promet des allègements fiscaux, après les élections, si l’UMP l’emporte, ce sera quelques cadeaux pour quelques-uns et l’augmentation de la TVA pour tout le monde. »

10 JUIN : Soirée électorale sur TF1

Devant l’absence de réponse du gouvernement, Laurent Fabius profite de la présence de Jean-Louis Borloo sur le plateau pour lui poser directement la question : le gouvernement compte-t-il augmenter la TVA ?

Verbatim / Dépêche : Le ministre de l’Economie Jean-Louis Borloo n’a pas exclu dimanche soir "l’éventualité" d’une augmentation de la TVA, expliquant sur TF1 que "rien n’est tranché dans ce domaine". "Nicolas Sarkozy veut qu’on arrête dans ce pays de taxer l’emploi", a expliqué M. Borloo. "On va regarder l’ensemble des sujets, y compris d’ailleurs comme nos amis allemands, y compris l’éventualité de la TVA. Rien n’est tranché dans ce domaine". Il avait été interpellé par le socialiste Laurent Fabius, qui s’est dit "persuadé" que le gouvernement garde "sous le coude" une augmentation de la TVA pour financer les mesures fiscales annoncées. Mais "aucune disposition pour l’instant n’a été arrêtée", a assuré Jean-Louis Borloo, expliquant que "la règle de fond, c’est qu’on veut détaxer le travail".

Verbatim / Dépêche : Jean-Louis Borloo a refusé dimanche soir sur TF1 de se prononcer sur une augmentation de la TVA pour financer le plan pour la fiscalité et l’emploi. "On va regarder de près l’ensemble des sujets, y compris d’ailleurs comme nos amis allemands, y compris l’éventualité de la TVA. Rien n’est tranché dans ce domaine", a-t-il dit. "Nicolas Sarkozy veut qu’on arrête dans ce pays de taxer l’emploi, a déclaré le ministre en réponse au socialiste Laurent Fabius qui lui demandait s’il allait augmenter la TVA.

Commentaire du Parisien, édition du 14 juin : "A tout seigneur tout honneur : c’est Laurent Fabius qui, dimanche dernier à la télévision, avait poussé dans ses retranchements Jean-Louis Borloo, forçant le ministre de l’Economie à dévoiler son plan d’augmentation de la TVA."

12 JUIN : Point presse au siège du PS

La veille, en meeting à Nancy, le Premier ministre a été forcé d’admettre qu’il voulait « ouvrir le chantier de la TVA sociale ». Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat, a même évoqué une hausse de cinq points du taux de TVA. Laurent Fabius leur répond.

Verbatim / Compte-rendu du point presse sur le site internet du PS. « J’avais déjà lancé cette question, notamment lors du meeting de Lille, avant le 1er tour, à l’intention du Premier ministre en lui demandant de préciser si son intention était d’instituer une augmentation de la TVA. Nous constations en effet que nombre de cadeaux fiscaux faits à quelques uns n’étaient pas financés. Je constate que cette idée se précise et que face aux friandises fiscales, la TVA sociale, qui n’a de sociale que le nom, va frapper tous les Français et se révéler antisociale. A chaque bulletin électoral à droite, on augmente la TVA pour financer quelques avantages à certains au détriment d’une ponction sur le pouvoir d’achat de tous. Ce matin, Monsieur Artuis dans une interview au journal Les Echos, précise même qu’il a un projet d’augmentation de 5%. C’est énorme et injuste. L’exemple allemand retenu, oubli de préciser que pour une augmentation de 3 points, ce sont 2/3 des recettes qui ont été affectées au budget de l’Etat. Nous nous opposons à cette TVA sociale. Le temps des douceurs d’avant les élections va se révéler le temps des additions après les élections pour financer toutes les promesses. Dans les jours qui viennent, nos candidats et nos militants doivent aller au contact avec les électeurs pour freiner la vague bleue et trouver un équilibre du pouvoir, en combattant les projets du gouvernement sur les questions de TVA, de santé, d’école ou d’emploi dans un esprit de combativité et d’unité. »

12 JUIN : Interview sur I>Télé

13 JUIN : Interview sur France 2 (les « 4 vérités »)

Verbatim / Dépêche. Laurent Fabius juge "énorme" la hausse de cinq points de la TVA envisagée par le gouvernement et estime qu’elle risque d’amputer sensiblement le pouvoir d’achat des Français". Aujourd’hui, la TVA c’est 19,6%. Si on augmente de cinq points, cela veut dire que la TVA augmente de 25%, c’est absolument énorme", a déclaré l’ancien premier ministre socialiste sur France 2.

Le Premier ministre François Fillon a exclu mardi soir pour 2008 toute hausse de la TVA, qui pourrait à terme être de l’ordre, selon lui, de cinq points. A l’opposé de François Fillon, Laurent Fabius juge qu’une telle mesure aurait des répercussions négatives sur les prix et l’emploi. "Il n’y a aucune garantie d’aucune sorte (...) cela risque de se traduire par une augmentation des prix (...) donc risque d’amputation sur le pouvoir d’achat et du même coup, cela risque d’avoir des conséquences négatives sur l’emploi", a-t-il jugé.

Laurent Fabius a ironisé sur le changement d’appellation de cette mesure, d’abord présentée comme une "TVA sociale", puis mardi soir par François Fillon comme une "TVA anti-délocalisations". "Il y a une espèce de nominalisme verbal. Quand le gouvernement va s’apprêter à augmenter les taxes sur la santé, il appelle cela ’franchise’. Maintenant, augmentation de la TVA on appelle cela ’anti-délocalisations’".

Tribune publiée par Le Monde. Philippe Marlière est maître de conférences en science politique à l'université de Londres.

 

Le Parti socialiste est aujourd'hui amené à préciser sa doctrine, à élaborer un programme mobilisateur et à reconsidérer ses alliances. Après trois échecs présidentiels consécutifs, la situation est assez grave pour exclure les replâtrages habituels. Quatre scénarios pour une refondation socialiste peuvent être envisagés.

 

LE SCÉNARIO ITALIEN

 

En Italie, les démocrates de gauche (DS, ex-PCI) s'apprêtent à fonder un nouveau parti (le Parti démocratique) qui inclura le pôle de la Marguerite (dominé par les démocrates-chrétiens). Selon Piero Fassino, dirigeant des DS, cette alliance prend acte de la "disparition du vieux schéma tripolaire gauche, centre, droite", auquel aurait succédé une opposition feutrée entre deux grands blocs centristes, hors toute référence à la gauche. Transposé en France, il s'agirait de bâtir une force centriste dont le PS serait le pivot. Ce nouveau parti - non socialiste - engloberait les radicaux de gauche, la tendance libérale-libertaire des Verts (Daniel Cohn-Bendit) et le Mouvement démocrate de François Bayrou.

 

Ce schéma a été esquissé par Ségolène Royal à diverses reprises. Sans référence explicite à la création d'un Parti démocrate, elle a revendiqué un "PS ouvert, sans frontière" et a prédit qu'il allait "se passer des choses localement avec le MoDem" d'ici aux élections municipales. La recherche d'alliance avec le centre droit semble des plus risquées. C'est ce que nous enseigne le cas italien : le recentrage continu des DS depuis plus de dix ans s'est accompagné d'une érosion militante et électorale constante, accentuée par les scissions de son aile gauche.

 

En France, l'opposition gauche-droite est plus vivace qu'en Italie. Les reports de voix bayrouistes en faveur de Mme Royal ont été des plus médiocres, ce qui souligne l'incompatibilité entre électorat socialiste et électorat démocrate-chrétien en France. En outre, les reports de voix de la gauche non socialiste vers Mme Royal - décevants en 2007 - seraient assurément catastrophiques si d'aventure elle était la candidate d'un parti centriste en 2012.

 

LE SCÉNARIO BRITANNIQUE

 

C'est le développement rêvé par Dominique Strauss-Kahn et ses amis. L'accent est mis, ici, sur une refondation interne du PS qui s'inspire de la démarche blairiste au sein du Parti travailliste. Une offensive idéologique doit être conduite pour amener le PS à renoncer à la lutte pour le socialisme (combat contre un capitalisme de plus en plus débridé, défense d'un secteur nationalisé de l'économie, exigence de redistribution des richesses, etc). Des notions lénifiantes ("réformisme", "socialisme du réel", "social-démocratie") tentent de masquer les convergences avec le néolibéralisme tempéré du blairisme, de favoriser la conversion du PS à une Europe sans muscle politique et de renforcer l'alignement atlantiste du PS.

 

A la différence du scénario italien proprement suicidaire, le scénario britannique a le mérite de la cohérence. Cette ligne pourrait l'emporter si les strauss-kahniens parvenaient à débaucher les "déçus du royalisme". Mais le problème de la mobilisation des électorats de gauche se poserait également dans ce cas : quelle serait la fortune électorale d'un parti blairisé en compétition avec une gauche radicale galvanisée par un PS qui n'aurait plus de socialiste que le nom ? Car le succès du blairisme a reposé sur une série de facteurs exceptionnels, introuvables dans le contexte français : scrutin majoritaire à un tour qui sur-amplifie la dynamique du vote utile, absence de compétition à gauche pour le Parti travailliste et démantèlement avancé de l'Etat social britannique.

 

LE SCÉNARIO ALLEMAND

 

Ce serait celui de la scission de la gauche du parti, poussée vers la sortie à la suite du succès rencontré par les scénarios italien ou britannique. Il s'agirait ici de recréer un parti authentiquement socialiste. Cette situation s'apparenterait à la création de la WASG par Oskar Lafontaine, un ancien leader du SPD, en désaccord avec les politiques néolibérales du gouvernement Schroeder.

 

Envisageable après le rejet du traité constitutionnel, alors que l'idée d'une candidature "antilibérale" connaissait une réelle dynamique, ce cas de figure est aujourd'hui impensable. La gauche radicale est aujourd'hui sur la défensive et divisée. En outre, on imagine mal quels élus socialistes de premier plan accepteraient de risquer leur carrière sur un projet aussi aléatoire.

 

LE SCÉNARIO SOCIALISTE

 

C'est celui de la rupture avec... les politiques mises en oeuvre par les partisans des scénarios italien et britannique depuis les années 1980. Il s'agirait d'abandonner le prêt-à-penser social-libéral. Instruit des erreurs du passé et s'inspirant de la démarche des assises du socialisme organisées en 1974 par François Mitterrand, ce PS aurait à coeur de maintenir le dialogue avec les diverses composantes de la gauche.

 

Il serait rajeuni, féminisé, ouvert aux minorités ethniques, attentif aux critiques de gauche du capitalisme financier et du productivisme. Ce serait un parti réformiste radical, moderne, de masse, rompant avec la conception actuelle du parti de supporteurs pour devenir un authentique parti de militants. Ce type de parti pourrait obtenir un score plancher de 30 %, car il rassemblerait nombre d'électeurs communistes, écologistes et altermondialistes, tout en continuant de mordre sur le centre gauche.

 

Les scénarios italien et britannique expriment des choix purement idéologiques et poursuivent, selon des méthodes différentes, des objectifs similaires (le dépassement de la nature socialiste du PS et la recherche d'alliances organiques ou conjoncturelles avec les démocrates-chrétiens et les libéraux). Le scénario socialiste est, inversement, sociologiquement motivé : il réfute la thèse infondée de la "droitisation de la société française", prend acte de la vivacité du clivage gauche-droite et anticipe la recomposition des gauches. Ce scénario est réaliste et moderne, car c'est le seul qui puisse permettre une victoire de la gauche en 2012.

 

 

« Rassembler à gauche » autour de Laurent Fabius se lance, au côté de tous nos candidats, dans la bataille des législatives. Pas question pour nous de faire le jeu de la droite en provoquant la division des forces socialistes. Un seul objectif : se rassembler pour obtenir le plus grand nombre de députés socialistes. C'est notre responsabilité pour pouvoir, demain, lutter contre la politique de la droite et être aux côtés tous ceux qui seront les victimes du pouvoir UMP.

Interview de Laurent Fabius publiée dans La Nouvelle République des Pyrénées, à l’occasion de son déplacement dans la région pour soutenir les candidats socialistes aux législatives.

 

1) Que pensez-vous de la nette victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ? Quelles en sont, selon vous, les raisons principales ?

 

Les trois ingrédients du succès de N. Sarkozy sontun parti organisé, des idées de droite claires, et une capacité à incarner la fonction de chef de l’Etat. Pourtant, nous disposions pour l’emporter de puissants atouts : ces dernières années le PS a gagné toutes les élections intermédiaires - régionales, cantonales, européennes - et les mobilisations sociales ont montré le refus du tout libéral - souvenons-nous du retrait du CPE. Le bilan du gouvernement sortant était très médiocre. Les thèmes qui font le débat public sont le pouvoir d’achat, l’emploi, les délocalisations, l’école, le logement, les services publics, thèmes qui sont tous au cœur de l’engagement de la gauche. Dans les meetings, le grand homme de la campagne présidentielle fut Jean Jaurès. Tout cela n’est pas le signe d’un virage profond de la société à droite. Encore faut-il de notre côté assumer clairement nos valeurs, proposer avec précision et finalement convaincre. Malgré une magnifique mobilisation militante, cela n’a pas été suffisamment le cas.

 

2) Y a-t-il des responsabilités ? Lesquelles ?

 

Le moment venu, il faudra analyser en détail les causes de la défaite et en tirer toutes les conséquences. Pour l’heure, l’essentiel est de préparer les législatives qui ont lieu dans un mois. Face à une droite qui veut concentrer tous les pouvoirs, il faut envoyer un maximum de députés socialistes et de gauche à l’Assemblée, pour résister et pour proposer. C’est la priorité : être aux côtés de nos candidats dans les circonscriptions, comme je le fais cette semaine dans les Pyrénées, où d’ailleurs notre score présidentiel a été meilleur qu’ailleurs.

 

3) Alors que le conseil national du PS ce week-end aurait dû ramener de la clarté dans le camp socialiste, c’est tout le contraire qui se passe : S. Royal a appelé à désigner très tôt un candidat pour 2012, des personnalités socialistes sont consultées par N. Sarkozy, DSK rejette la responsabilité de la défaite sur Hollande. Où en est le PS ? Doit-il se rénover, se refonder ?

 

Je déplore le spectacle qui est actuellement donné. Plutôt que de préparer telle ou telle candidature présidentielle pour dans cinq ans, il faut penser à celles et ceux qui sont candidats aux législatives dans moins de cinq semaineset surtout aux préoccupations des Français ! J’appelle donc chaque dirigeant socialiste à se ressaisir. Les premières victimes d’un rouleau compresseur de droite à l’Assemblée, ce seraient les Français. Pensons à eux, soyons à leurs côtés, pratiquons moins le « je » et davantage le « nous ». Et n’enterrons pas le PS : il serait surprenant qu’une refondation commence par un sabordage ! Je plaide pour une « gauche décomplexée », à la fois fière d’être de gauche et consciente des évolutions du monde.

 

4) Craignez-vous une vague bleue à l’occasion des législatives ?

 

Rien n’est joué. Certes N. Sarkozy est un homme habile : il va chercher à faire illusion, confondre ouverture et débauchage, quitte à pratiquer la rupture libérale ensuite. Il n’est pas bon qu’un seul parti contrôle toutes les instances nationales, avec en outre de très puissants relais dans la finance et les médias. Si l’on veut un contre-pouvoir, le meilleur moyen, c’est le bulletin de vote socialiste en juin. N’acceptons pas le rouleau compresseur de l’Etat-UMP. Agissons pour faire redémarrer la France et défendre nos concitoyens. C’est l’enjeu de ces législatives

 

Tribune publiée par le journal Le Monde, le 8 mai 2007.

Le résultat de l'élection présidentielle impose sans doute au Parti socialiste de repenser sa stratégie d'alliance. Mais, plus encore, il lui impose de se transformer lui-même.

Les partis de la "gauche radicale" et les Verts pèsent davantage que les scores lilliputiens qu'ils ont obtenus le 22 avril ; ils n'en traversent pas moins une crise profonde et durable. Le "mouvement démocrate" de François Bayrou se heurtera à l'"UDF maintenue", alliée à l'UMP au sein de la majorité présidentielle et au gouvernement. Il pâtira du scrutin majoritaire à deux tours, propre à nos institutions, qui lamine le centre et pousse à la bipolarisation gauche-droite.

Nous saurons le 17 juin ce que pèse réellement le nouveau parti de François Bayrou. Tout indique qu'il ne sera pas le parti central, pivot de toutes les recompositions, dont rêve son fondateur, mais bel et bien une force d'appoint. En tout état de cause, si la gauche s'ouvre aux électeurs du centre, ce ne saurait être sur la base du programme économique et social qu'a défendu François Bayrou au cours de l'élection présidentielle.

Reprenant le mot d'Eduard Bernstein (1850-1932, figure de la social-démocratie allemande qui prônait une "révision" du marxisme dans un sens réformiste), beaucoup exhortent le Parti socialiste à "oser enfin paraître ce qu'il est", comme si le PS ne s'assumait pas depuis longtemps comme un parti réformiste, rallié à la démocratie et à l'économie sociale de marché. Oserai-je soutenir que le problème principal du PS n'est malheureusement pas là, et qu'il est autrement plus ardu ? Plus que d'oser "paraître ce qu'il est", le PS doit oser enfin devenir ce qu'il n'est pas : un grand parti socialiste moderne, capable de recueillir par ses propres forces au moins 35 % des suffrages aux élections décisives, comme y parviennent la plupart de ses homologues en Europe. Il n'y a aucune fatalité qui condamne le PS français à osciller autour de 25 % des suffrages. C'est le cas du PSOE espagnol (42,6 %, le 14 mars 2004), du SPD allemand (34,3 %, le 18 septembre 2005), du SPO autrichien (35,7 %, le 1er octobre 2006), du SAP suédois (35,2 %, le 17 septembre 2006), du Parti travailliste norvégien (32,7 % le 12 septembre 2005), du Labour Party britannique (35,2 %, le 5 mai 2005).

Le Parti socialiste fut longtemps et reste encore un "parti d'élus entourés d'aspirants à l'élection", une machine électorale. Ses liens avec les syndicats et les grandes associations populaires sont traditionnellement lâches et se sont distendus encore. Sa capacité à agir sur l'opinion publique est faible, son aptitude à mobiliser et à organiser ses bases sociales est plus faible encore. Sa force principale réside dans son dense réseau d'élus locaux et nationaux.

Longtemps, ce fut le Parti communiste qui assumait les grandes fonctions qui incombent au parti dominant de la gauche dans nos démocraties salariales. La marginalisation irréversible de ce dernier assigne au PS la responsabilité d'occuper tout le champ de la gauche et d'assumer lui-même pleinement les fonctions de lutte idéologique, d'élaboration programmatique, de direction stratégique et d'association des citoyens aux décisions qui les concernent, nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie.

Pour la première fois depuis 1936, la mutation du PS, d'un parti d'élus de 120 000 adhérents à un authentique parti de masse, assumant toutes les grandes fonctions d'un parti réformiste moderne, est possible. Les socialistes sont-ils décidés à fournir l'effort nécessaire pour accomplir ce qui est bien plus qu'une simple rénovation ? Ou bien vont-ils chercher dans une illusoire "alliance au centre" le substitut à ce formidable effort sur eux-mêmes ? Telle est la question, au lendemain de cette défaite du 6 mai. Le PS doit intégrer les dizaines de milliers de nouveaux adhérents venus à lui à l'occasion de l'élection présidentielle et, pour cela, se doter de structures d'accueil efficaces : "sections locales à taille humaine", commissions thématiques, organismes associés. Il doit associer ses adhérents et ses sympathisants à l'élaboration de ses propositions, rajeunir, féminiser, différencier son corps militant. Etablir des liens étroits, à tous les niveaux, avec les syndicats de salariés et les associations progressistes.

Il doit perfectionner et systématiser le recours à l'Internet, pour sa communication, sa formation interne, son action politique et idéologique. Il doit pérenniser la pratique de la démocratie participative, expérimentée sur grande échelle dans la première phase de la campagne présidentielle. Sur le plan idéologique, le Parti socialiste doit assumer pleinement et fièrement son réformisme et mener, mieux qu'il ne l'a fait, la bataille contre "la pensée unique", conservatrice et libérale.

Les batailles politiques se gagnent d'abord dans les têtes, sur le terrain des valeurs et des idées, Nicolas Sarkozy vient d'en faire la démonstration. Le PS doit proposer aux salariés une représentation de la société et de son évolution qui leur permette de comprendre le monde nouveau dans lequel nous sommes entrés et d'y agir. Il doit élaborer des réponses plus convaincantes que celles qu'il a proposées au cours de la campagne présidentielle sur la reconquête du plein-emploi, la réforme des retraites, la préservation de notre système de santé, la maîtrise de la mondialisation...

Sa refondation doit être à la fois idéologique, programmatique et organisationnelle. Principal parti de gauche, le Parti socialiste doit se sentir responsable de l'évolution de toutes ses familles et travailler à les rassembler. Il doit s'efforcer de gagner à sa lutte contre la politique de régression sociale de Nicolas Sarkozy les démocrates sociaux qui se reconnaissent dans le "centre". Mais sur une plate-forme politique compatible avec son projet de société solidaire et d'approfondissement de notre démocratie. Mieux il réussira sa propre mutation, mieux il parviendra à rassembler toutes les forces de progrès.

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