Thierry NERZIC

Coordinateur du comité de soutien                                                     

      

 Kofi YAMGNANE

Vice president CG29           

        

 

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26 novembre 2007

La gauche souffre presque partout en Europe d’une perte de crédibilité. Pour y répondre, le concept d’économie sociale-écologique de marché me semble prometteur. Si la gauche de gouvernement s’inscrit dans le cadre de l’économie de marché, c’est en étant consciente de ses limites : rivé sur le court terme et le monétaire, celui-ci ne peut pas être abandonné à lui-même, sauf à laisser s’accumuler les chocs pour l’économie, les injustices pour les personnes et les dangers pour la planète.

Plusieurs tendances actuelles de l’économie mondiale ne sont pas soutenables, pas durables : le transfert systématique des activités productives vers les pays émergents ; l’aggravation des inégalités entre les gagnants et les perdants de la mondialisation ; l’explosion de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre ; la multiplication des crises financières, des désordres monétaires et des paradis fiscaux. Amplifier ces tendances, en subordonnant tout, y compris l’ensemble de la société, à la domination du marché, c’est la catastrophe assurée.

Pour réagir, les sociaux-démocrates allemands, lors de leur dernier congrès, ont développé le concept d’Etat social préventif. C’est une avancée, elle montre que l’impératif d’une réorientation de la gauche progresse. Les socialistes français doivent, eux aussi, bouger.

Internationalistes, nous devons parvenir à une action concertée à l’échelon mondial. Plusieurs propositions très ambitieuses ont été étudiées en ce sens, qui lient économie, social et écologie : créer une agence mondiale de l’environnement pour négocier et appliquer de nouveaux accords ; donner à l’OIT les moyens de faire respecter, y compris par des sanctions commerciales, les « principes et droits fondamentaux au travail » ; rapprocher ou regrouper le FMI et la Banque mondiale dans une organisation chargée de fixer les règles du fonctionnement des marchés, de veiller à la transparence des fonds souverains, de faire respecter un « fair play » des parités monétaires, d’aider au développement des pays que la mondialisation délaisse ou enfonce.

En Europe, nous devons peser pour que l’Union se réoriente dans plusieurs directions : stratégie monétaire de croissance plutôt qu’euro cher, politique de la concurrence réellement au service des entreprises européennes, harmonisation sociale et fiscale par le haut et non dumping généralisé. En matière commerciale, le juste échange doit être préféré au libre-échange. Les protections douanières ou réglementaires peuvent être légitimes si elles visent à l’élévation du niveau social et environnemental.

Dans le même esprit, je viens de lancer l’idée d’une initiative de Coopération européenne sur la recherche et l’innovation (Ceri), qui pourrait constituer la première « coopération renforcée » effective. J’espère qu’elle sera une des priorités de la présidence française. La mutualisation de nos efforts dans ce domaine vital pour notre avenir permettrait d’en décupler les retombées.

Cette formule de l’économie sociale-écologique de marché indique l’étroite dépendance qui doit désormais exister entre l’économique, le social et l’écologique. Pas de croissance durable qui ne soit sociale-écologique. Inversement, compte tenu des coûts à supporter, aucun progrès social ni aucune amélioration environnementale durable ne seront possibles sans une croissance économique soutenue. Les pays européens les plus prospères - en Europe du Nord, notamment - ne sont-ils pas aussi les plus écologiques et ceux où la justice sociale est la plus forte ?

Pour relancer notre croissance, nous devons développer une stratégie de compétitivité fondée sur l’innovation, la recherche, le développement des infrastructures et la qualité de la formation. L’Etat doit y jouer pleinement son rôle avec des priorités budgétaires clairement affichées. Mais pas seulement : l’économie doit retrouver une logique d’investissement à long terme et non de seule logique financière de court terme. On peut l’y aider, par exemple en modulant l’impôt sur les sociétés selon que les bénéfices sont réinvestis ou non, en promouvant une meilleure gouvernance d’entreprise. Il faut aussi, en nous inspirant des succès d’Airbus et d’Ariane, relancer de grands projets industriels, dans des domaines porteurs comme le spatial, le ferroviaire ou l’énergie. Les PME ne doivent pas rester à l’écart de ce mouvement d’ensemble. Le soutien doit être renforcé, surtout en direction des entreprises innovantes (accès facilité à la commande publique, crédit d’impôt recherche relevé). Le volontarisme et l’économie de marché ne sont pas incompatibles.

Sur le plan social, le mot d’ordre pertinent n’est pas le slogan trompeur « travailler plus pour gagner plus », mais « travailler mieux pour vivre mieux ». Formation tout au long de la vie, amélioration des conditions de travail, égalité hommes-femmes, service public de l’emploi : beaucoup reste à faire. Dans un esprit de justice sociale, il faudra procéder à un réexamen du financement des retraites et de la protection sociale. Quant aux services publics, ils gagneront à être modernisés et renforcés, notamment en banlieue et dans les campagnes, pour affronter en particulier les défis de la société de la connaissance (école, recherche, enseignement supérieur, culture) et ceux du vieillissement (santé, dépendance).

L’environnement, enfin, doit devenir une exigence transversale de nos politiques publiques. Faire de l’écologie sans moyens, comme semble y incliner le gouvernement, n’est pas crédible. Le principe « pollueur-payeur » doit être placé au coeur de notre stratégie : incitations fiscales sur les énergies et technologies « propres », imposition sur les activités et produits polluants. Avec une priorité : une taxe carbone doit être rapidement mise au point.

Parce qu’elle conjugue toute la gamme de l’action politique - innovation, production, régulation, protections -, « l’économie sociale-écologique de marché » peut permettre à la France et à l’Europe de retrouver le chemin de la croissance, de la justice et de l’influence. Elle peut être le socle d’une alternative au simplisme dangereux du laisser-faire. Elle peut rassembler la gauche et convaincre bien au-delà.

Laurent Fabius

alabreuil : La division interne du PS porte-t-elle plus sur la ratification ou non du traité européen simplifié ou bien sur le fait que ce traité ne soit pas proposé au vote du peuple français ?

 

Benoît Hamon : Les deux, hélas ! D'abord, sur la portée du traité, c'est moins sur le contenu du texte que sur l'opportunité de l'approuver ou de le refuser que les socialistes sont divisés. Tous les socialistes sont déçus par les concessions faites aux eurosceptiques et par les limites considérables du mini-traité dans les domaines budgétaires, monétaires, fiscaux et sociaux. Certains socialistes pensent qu'il faut cependant approuver ce texte, d'autres qu'il faut le rejeter au motif qu'il est quasi identique au traité constitutionnel européen. Je considère, pour ma part, que nous ne devons pas nous éloigner de l'exigence d'un référendum parce que nous l'avons demandé lors de la campagne présidentielle et parce que le peuple est le seul souverain à pouvoir refaire ce qu'il a défait lui-même en 2005. Sur cette question de la méthode de ratification, plusieurs personnalités socialistes ont pris publiquement leurs distances avec ce qui était jusqu'ici notre exigence unanime de référendum ; je le regrette d'autant plus que deux tiers des Français y sont favorables.

Simon : Vous avez démissionné du secrétariat national car la décision du bureau national de soutenir le traité simplifié, je vous cite, "porte en elle les ferments de la division". Militant socialiste, je ne suis pas convaincu que nous devions sur chaque sujet chercher le consensus entre nous. Pensez-vous vraiment que le PS doive s'opposer à ce traité ? Ne pensez-vous pas que dénoncer la division en démissionnant contribue à la confusion et aux petits jeux d'appareil qui décrédibilisent notre parti ?

Remettons les choses à l'endroit. J'ai été nommé secrétaire national à l'Europe pour dépasser les clivages entre le "oui" et le "non"; Pour préparer la décision du Parti socialiste sur le mini-traité, un groupe de travail m'a été confié dès avant l'été. Toutes les sensibilités du PS y étaient représentées. La quasi-totalité de celles-ci ont exprimé jusque très récemment leur souhait de parvenir à une position commune, celle-ci pouvant être l'abstention. Cela n'a finalement pas été possible, et je regrette que, sur ce mini-traité, non seulement nous reproduisions le clivage oui-non dans des rapports de forces proches de ceux de 2005, et que, de surcroît, nous abandonnions la revendication d'un référendum. C'est pour ces raisons que j'ai démissionné en cohérence avec l'échec de mon mandat.

Thomas Lefebvre : Vous demandiez abstention + référendum : étant ex-"noniste", quelle était la logique de cette demande d'abstention ? Si vous aviez eu un référendum sur le traité de Lisbonne, auriez-vous appelé à voter pour ou contre ce traité ?

J'aurais appelé à l'abstention ! Comme le Parti socialiste l'avait fait en 1972 à la demande de François Mitterrand lors du référendum sur l'élargissement de l'Union européenne. Je juge ce texte décevant,
mais je reconnais que l'ensemble de la social-démocratie européenne souhaite sa ratification en raison des avancées institutionnelles que le mini-traité permet, et je ne vois pas de fenêtre de tir pour renégocier ce texte. Cette position est celle que j'ai soumise au bureau national du PS il y a quinze jours, et qui recueillait une adhésion majoritaire. Hélas, elle n'a pas pu être mise en œuvre.

LE PS CONFRONTÉ À "UNE TRIPLE CRISE"

Patou : Comme le PS ne s'est pas encore reconstruit, les adhérents ne se voient-ils pas en incapacité de se regrouper vers une opinion commune sur l'Europe ? En effet, un vrai meneur de groupe ne parviendrait-il pas à réunir les socialistes dans un "oui" ou dans un "non" commun ?

Je ne crois pas que ce soit l'absence de leader qui explique la difficulté des socialistes à se rassembler.
Je crois le PS confronté à une triple crise : la crise de la social-démocratie en Europe (nous ne dirigeons que 4 pays sur 27) liée à la crise de tous les modèles sociaux nationaux en Europe ; une crise politique (nous devons trancher la question de la nature du PS – présidentialisé ou pas – , la stratégie d'alliance – le rassemblement de la gauche ou pas –, et son orientation – le PS a-t-il perdu la présidentielle parce qu'il était trop à gauche ou pas ?), et enfin une crise morale, à travers la multiplication des comportements individualistes qui font le succès de la stratégie de débauchage de Nicolas Sarkozy.

Alex1 : Tous les partis socialistes européens soutiennent le traité de Lisbonne et veulent faire avancer l'Europe. Pourquoi le PS s'obstine-t-il à vouloir bloquer la marche européenne?

C'est une analyse un peu paresseuse... Membre du PS européen, j'ai entendu toutes les critiques qui ont été exprimées dans les partis sociaux-démocrates européens vis-à-vis de ce texte. Une lecture rapide de la presse internationale montre que c'est le désenchantement qui domine à l'égard du mini-traité comme des perspectives de la construction européenne. La responsabilité du PS français est, bien sûr, d'être l'interprète de la volonté de la social-démocratie européenne, mais aussi l'interprète de la volonté du peuple français et de l'électorat de gauche, qui, l'un comme l'autre, ont rejeté le traité constitutionnel européen. Aujourd'hui, près de 70 % de la population des grands Etats européens (sondage Louis Harris pour le Financial Times) souhaitent que ce mini-traité soit ratifié par référendum. Cet appétit de citoyenneté européenne ne signifie pas automatiquement que les citoyens européens considèrent ce mini-traité comme un progrès pour l'Europe.

Politicus : Pourquoi tous les partis à vocation majoritaire en France, dont le vôtre, en approuvant ce mini-traité, se déconnectent-ils à ce point de la volonté du suffrage universel exprimée par une majorité de nos compatriotes lors du "non" au référendum sur la Constitution européenne ?

Je pense que c'est une erreur d'abandonner cette demande d'un référendum, car je suis hélas persuadé que ça ne fait qu'accroître le sentiment de défiance à l'égard de la construction européenne. On ne sert pas l'Europe en la construisant dans le dos des peuples. Si ce mini-traité est si bon, j'imagine que les grands partis n'auront aucun problème à le faire ratifier par une majorité des Français.

Nils : Le bureau national du PS ne s'est pas encore prononcé sur l'attitude à adopter lors de la ratification. Pensez-vous qu'il y aura alors consensus ? Dans quel sens ?

Il n'y a déjà plus consensus aujourd'hui, puisque plusieurs personnalités, et non des moindres, ont exprimé leurs réserves vis-à-vis du référendum. Il est un peu commode d'affirmer que ce traité n'est qu'un règlement intérieur pour justifier qu'il ne soit pas ratifié par le peuple. Ce n'est pas le cas : Valéry Giscard d'Estaing lui-même, père de la Constitution européenne, affirmait récemment que le nouveau traité est pour l'essentiel la copie du traité européen rejeté en 2005 par les Français. J'ajoute que personne ne comprend que nous ayons demandé un référendum en mai, que nous ayons affirmé qu'il s'agissait d'une obligation démocratique, pour nous aligner sur les positions de Nicolas Sarkozy aujourd'hui.

Salabreuil : Les dissensions internes du PS sur l'Europe ne renvoient-elles pas aux dissensions irréductibles entre ceux qui voudraient un PS au centre et modéré, et ceux qui attendent du PS qu'il soit une force de gauche – "une gauche de gauche", disait Bourdieu ?

Ces désaccords seraient irréductibles si leurs acteurs décident qu'ils sont irréductibles. Lors de la fondation du PS en 1971, les désaccords entre les chrétiens-sociaux d'un côté et les marxistes-laïcs de l'autre étaient bien plus grands qu'ils ne le sont aujourd'hui entre la gauche et la droite du PS.  Mais ce qui réunissait les socialistes entre eux en 1971, c'est qu'ils étaient d'accord sur la nature du parti qu'ils avaient constitué ensemble, et la stratégie pour conquérir le pouvoir : le rassemblement de la gauche. Peut-être que cette synthèse n'existe plus aujourd'hui. Notre prochain congrès le dira.

UN PS TROP À GAUCHE ?

Ps : Qu'imaginez-vous alors au prochain congrès du PS ?

Un grand moment démocratique où nous clarifierons la réponse à la question suivante : avons-nous perdu à la présidentielle parce que nous aurions été trop à gauche sur les questions sociales, trop à gauche sur les questions éducatives, trop à gauche sur les questions économiques, trop à gauche sur les questions démocratiques, ou parce que les solutions que nous avons proposées et le monde que celles-ci dessinaient n'ont pas suscité l'adhésion des classes populaires et des classes moyennes pourtant rendues plus vulnérables par cinq ans de politique de droite ? A partir de la réponse à ces questions, nous devrons bâtir le projet et la stratégie pour nous permettre de reconquérir le pouvoir puis transformer la société.

Le 7 novembre 2007


Chers camarades,

Comme tu le sais sans doute, le Bureau National du Parti Socialiste s'est réuni hier soir. L'ordre du jour fixé par François Hollande ne prévoyait qu'un seul point : la position des socialistes sur le traité européen signé à Lisbonne le mois dernier.

Notre sensibilité souhaitait parvenir à une position de rassemblement de tous les socialistes permettant de dépasser le clivage entre le Oui et le Non de 2004-2005. Nous le voulions pour être à la fois plus forts collectivement dans notre opposition à Nicolas Sarkozy et son gouvernement, et préparer les victoires futures de la gauche. Ce rassemblement était possible sur la base du rapport présenté par Benoît Hamon, Secrétaire national à l'Europe, le 23 octobre dernier devant le Bureau National. Que préconisait-il ? Exiger un référendum - comme nous nous y étions tous engagés dans le projet socialiste en 2006 et le pacte présidentiel en 2007 - et, en cas de refus du chef de l'Etat, demander à nos parlementaires de ne pas prendre part au vote ou de s'abstenir lors du Congrès qui doit modifier la Constitution avant la ratification. Cette position permettait de ne pas bloquer l'Europe aujourd'hui pour la réorienter demain. Elle évitait de faire la courte-échelle au président de la République et à la droite avant les élections municipales et cantonales. De nombreux camarades, partisans du Oui ou partisans du Non au nouveau traité, étaient disposés à faire l'effort de se retrouver sur cette ligne. Beaucoup l'avaient indiqué devant les instances du PS et à l'extérieur.

Malheureusement, depuis 15 jours, des responsables socialistes ont remis en cause, par leurs déclarations fortement médiatisées, cette convergence positive. Ségolène Royal, Bertrand Delanoë puis François Hollande ont pris position pour le Oui au traité et le Non au référendum. Anticipant les germes de division qu'un tel emballement pouvait causer au sein du PS, de la gauche et notre électorat, plusieurs dirigeants socialistes ont appelé à la sagesse et à la fidélité aux engagements pris devant les Français, à commencer par Laurent Fabius.

Au cours de la réunion d'hier soir, deux décisions ont été prises successivement à l'initiative de François Hollande : ne pas se prononcer sur le mode de ratification et approuver le contenu du traité de Lisbonne. Une majorité des membres (36), dont certains souhaitaient pourtant un référendum, ont voté Oui. 20 membres dont les représentants de "Rassembler à Gauche" ont refusé d'entériner ce reniement et ont donc voté Non. D'autres se sont abstenus (2) ou n'ont pas pris part au vote (1). Notre objectif à ce stade n'était pas de dire Non au texte lui-même, mais de manifester notre total désaccord avec la procédure choisie par François Hollande. Notre vote hier soir signifie que nous voulons rester fidèles à la démocratie : pour nous, ce que le peuple a examiné une première fois par référendum, lui seul peut le réexaminer légitimement par le même biais. Pour nous, le référendum sur le traité européen n'est pas une question de procédure, c'est une question de principe. Ce parallélisme des formes démocratiques est d'autant plus indispensable que le traité dit "simplifié" et qui n'a rien de simple est en réalité très voisin du traité constitutionnel, comme l'a reconnu son auteur Valéry Giscard d'Estaing. Comme l'ex-Constitution, ce traité négocié par Nicolas Sarkozy ne répond pas aux urgences de l'Europe qui avaient motivé le Non des Français : rien sur le mieux disant social, rien sur l'harmonisation fiscale, rien sur la réorientation de la politique monétaire, rien sur une stratégie commerciale plus offensive dans la mondialisation.

Toutefois, le Bureau National a décidé de respecter la liberté de conscience des socialistes, donc la liberté de vote des parlementaires socialistes. Le moment venu, chacun sera libre de ne pas approuver la modification constitutionnelle lors du Congrès, puis la ratification par le Parlement du traité lui-même. Chaque militant et chaque militante socialiste reste libre de faire campagne en faveur d'un référendum. Le combat continue donc. Dans les fédérations et dans les sections, sur le terrain auprès des électeurs, "Rassembler à Gauche" mobilisera en faveur d'une consultation populaire. A nos yeux, c'est cette position qui permet de dépasser les clivages entre socialistes, de cimenter la gauche, de s'opposer à Sarkozy et à la droite, de préparer au mieux les prochaines échéances.

 

                                                                       Les membres RAG du Bureau National

Par Guillaume Bachelay et Pascal Cherki, membres du Conseil national du PS.

 Le 21 février dernier, à Strasbourg, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle annonçait qu'il proposerait, sitôt élu, « à nos partenaires de nous mettre d'accord sur un traité simplifié » reprenant « les dispositions du projet de traité constitutionnel nécessaires pour que l'Europe puisse se remettre en marche, qui n'ont pas suscité de désaccord majeur durant la campagne référendaire ». Il ajoutait à propos de cette idée subtilisée à d'autres, notamment à l'Allemagne : « Ce traité simplifié, de nature institutionnelle, sera soumis pour ratification au Parlement. »

Le 19 octobre dernier, à Lisbonne, les chefs d'État et de gouvernement européens ont conclu un accord sur un traité dit « de fonctionnement de l'UE ». À cette occasion, Nicolas Sarkozy a réitéré sa volonté de soumettre son approbation au seul vote des parlementaires.

 Reprenons. On nous avait promis un « traité simplifié » : le texte élaboré par les jurisconsultes du Conseil des ministres européens, sur lequel les dirigeants des 27 pays se sont prononcés et dont ils n'ont pas modifié la substance, comprend près de 300 articles sur plus de 200 pages qui ne s'éclairent qu'à la lumière des traités précédents. Il s'agit donc d'un texte littéralement - et volontairement ? - illisible pour les citoyens non initiés aux délices de la novlangue bruxelloise.

 On nous avait dit : « un traité de nature institutionnelle ». Certes, l'essentiel des parties III et IV de la défunte Constitution a disparu du texte de Lisbonne. C'est un progrès, conforme aux demandes du non de gauche. Demeurent toutefois deux séries de problèmes sérieux. Primo : le traité corrigé est en retrait sur les avancées institutionnelles que comportait le projet précédent. Ainsi, la charte des droits fondamentaux ne s'appliquera pas au Royaume-Uni et en Pologne ; le mécanisme dit de Ioannina, qui permet à une minorité d'États de bloquer une décision, sera maintenu ; le passage à la double majorité est retardé à... 2017 ; et symboliquement, le titre de ministre des Affaires étrangères disparaît. Secundo : le nouveau texte confirme, donc conforte, la priorité donnée à l'euro par la Banque centrale européenne à la seule lutte contre l'inflation (article 245bis-2). Dès lors qu'elle a été vaincue depuis deux décennies - et d'abord en France -, cela revient à privilégier la finance et la rente au détriment de la production, de la croissance et des salaires. De surcroît, si la « concurrence libre et non faussée » ne figure plus parmi les objectifs de l'UE, les politiques qui la mettent en oeuvre restent inchangées.

 Au final, le seul engagement tenu par le chef de l'État, c'est de priver le peuple de son droit souverain de consentir ou non aux nouvelles institutions européennes qu'il lui propose. Le 29 mai 2005, le peuple français s'est prononcé ; lui seul peut légitimement réexaminer sa position. C'est pour nous la question fondamentale qui est aujourd'hui posée à l'ensemble des responsables politiques, quelle que soit, par ailleurs, l'appréciation qu'ils peuvent porter sur le contenu de ce nouveau traité. Les parlementaires ne doivent pas prêter la main à une confiscation de la souveraineté populaire. Ils en sont les dépositaires, non les propriétaires, et n'ont pas vocation, à leurs corps défendant, à devenir les complices d'un rapt démocratique.

 Membres du Parti socialiste, nous sommes inquiets de la tournure que prend en son sein le débat sur le traité corrigé. On reproche suffisamment - et souvent à tort - au PS de ne pas avoir de position claire sur nombre de sujets pour mettre au panier celle consistant à exiger que tout nouveau traité européen fasse l'objet d'un référendum. N'abandonnons pas cette exigence précise et commune au projet socialiste autant qu'au programme présidentiel de Ségolène Royal. Les électeurs de gauche - et pas seulement eux - ne l'accepteraient pas, à juste titre : les socialistes et les républicains se sont toujours abîmés quand ils ont transigé sur les principes démocratiques. Il serait paradoxal, au passage, que les plus vibrionnants partisans de la démocratie participative se convertissent au déni de souveraineté populaire par la magie d'un coup de baguette élyséen. Nous ne pouvons l'imaginer et nous avons bon espoir que la raison finissant par l'emporter, les députés et sénateurs socialistes prennent la seule décision qui s'impose : le boycott, autrement dit la non-participation à ce qui serait une parodie de ratification.

 

 

 

 

 

 

Ce qui a été décidé par référendum ne peut être réexaminé que par référendum. Une autre procédure ne serait pas vraiment démocratique. Sur cette base, j’espère que ce sera l’occasion pour les socialistes de se rassembler." Interview de Laurent Fabius publiée par Le Parisien /Aujourd’hui en France.

Voterez-vous le projet de traité simplifié adopté à Lisbonne, qui se fixe pour objectif de désembourber l’Europe ?

Laurent Fabius. Le projet, avec ses 250 pages et ses 297 amendements, n’est pas plus « simplifié » que le précédent. En 2005, le peuple s’était prononcé par référendum. Ce qui a été décidé par référendum ne peut être réexaminé que par référendum. Une autre procédure ne serait pas vraiment démocratique. Sur cette base, j’espère que ce sera l’occasion pour les socialistes de se rassembler.

Au final, voterez-vous oui ou non ?

Je ne vois pas comment on pourrait approuver un déni de démocratie. Chacun, socialiste tenant du oui ou du non, devrait être prêt à faire un effort pour tenir cette position.

Les tenants du non, comme vous, feraient eux aussi un « effort » ?

Ce serait logique. Je souhaite que nous adoptions la position la plus démocratique et susceptible de nous rassembler. C’est d’ailleurs ce qu’a préconisé le rapporteur du PS chargé de ces questions, Benoît Hamon.

Mais Nicolas Sarkozy, comme il l’avait dit lors de la campagne présidentielle, prévoit une ratification cette fois par le Parlement !

C’est le peuple qui doit décider. D’ailleurs, je pense qu’une majorité de Français souhaitent comme moi un référendum.

Ségolène Royal et Bertrand Delanoë appellent déjà à voter oui...

Nous disions tous, il y a quelques semaines, qu’il faudrait un nouveau référendum. Pour ma part, je ne l’ai pas oublié.

Souhaitez-vous que, comme en 2005, le PS consulte ses militants par référendum interne ?

On n’est pas obligé de se tendre à soi-même un piège. (Sourire.)

Comprenez-vous une grève dirigée contre la réforme des régimes spéciaux de retraite ?

Le mouvement a été très suivi, mais les gens sont partagés...

... Et vous-même, êtes-vous partagé ?

Je pense que les régimes spéciaux doivent évoluer, mais après une vraie négociation. De plus, leur remise en cause est vécue par beaucoup comme un ballon d’essai par rapport à la question plus générale des régimes de retraite. Le candidat Sarkozy a répété le slogan « Travailler plus pour gagner plus ». Avec les multiples taxations nouvelles, les augmentations de prix, les reculs de toutes sortes, on constate de plus en plus qu’il s’agit en réalité de « travailler plus pour gagner moins ». On ne peut pas être d’accord.

Mais le statu quo en matière de retraites est-il concevable ?

Il faut des évolutions, mais sur la base d’efforts partagés. Donc une discussion générale sur l’ensemble des retraites, et pas la stigmatisation d’une catégorie de salariés.

Pourquoi souhaitez-vous que le Conseil constitutionnel censure le texte sur les tests ADN, désormais très restrictif ?

Si le texte ne concerne vraiment qu’un tout petit nombre de personnes, à quoi sert-il ? Ce qui me paraît dangereux, c’est l’addition de deux idées qu’il contient, chacune dangereuse : l’idée que notre parcours dans la vie, et surtout le rapport parents-enfants, serait entièrement déterminé par la génétique ; et l’idée que l’étranger serait une sorte de délinquant potentiel, une menace. J’espère que le Conseil constitutionnel annulera cette mesure avec un argument principal : on ne peut pas traiter différemment un enfant adopté et un enfant qui ne l’est pas, ce qui serait le cas avec les tests ADN. « Dans le scandale de l’UIMM, il faut désigner un juge »

e paraît dangereux, c’est l’addition de deux idées qu’il contient, chacune dangereuse : l’idée que notre parcours dans la vie, et surtout le rapport parents-enfants, serait entièrement déterminé par la génétique ; et l’idée que l’étranger serait une sorte de délinquant potentiel, une menace. J’espère que le Conseil constitutionnel annulera cette mesure avec un argument principal : on ne peut pas traiter différemment un enfant adopté et un enfant qui ne l’est pas, ce qui serait le cas avec les tests ADN.

Etes-vous hostile à l’idée de contrôler plus strictement les conditions duregroupement familial ?

Ce n’est pas parce qu’on récuse les tests ADN qu’on est pour une immigration massive et sans règles ! J’ai une autre approche sérieuse, responsable, autour de trois principes, que nous devons gérer dans le cadre européen : 1. l’impératif du codéveloppement ; 2. pour les immigrés en situation régulière, le droit à une vie comme les autres, donc au regroupement familial ; 3. le fait que la France ne peut accueillir « toute la misère du monde » et qu’il faut lutter contre les filières et trafics de clandestins. Trop souvent, l’immigration sert de filon électoral à la droite pour faire oublier son échec sur le plan économique et social. Je refuse cette dérive malsaine.

Faut-il aller jusqu’au bout de la présidentialisation du régime ?

Cessons de jouer avec les mots ! Il faut davantage de pouvoirs au Parlement, un meilleur contrôle des décisions du président, une écoute plus attentive du suffrage populaire. Le rapport du comité Balladur me paraît plutôt intéressant, mais qu’en restera-t-il ?

Souhaitez-vous toute la vérité sur les caisses noires de l’UIMM alors que certains syndicats et même des députés en auraient, dit-on, profité ?

C’est le monde à l’envers ! C’est bien le scandale UIMM. Pourquoi le présenter comme l’affaire des syndicats ou des politiques ? Il faut qu’un juge soit désigné et fasse la lumière rapidement.

Quel doit être le profil du futur premier secrétaire du PS ?

Le PS a bien des défis à relever. Oui ou non, devons-nous revendiquer nos valeurs socialistes ? Je réponds clairement oui. Oui ou non, devons-nous adapter un certain nombre de nos propositions ? Je réponds oui et j’ajoute que notre règle, ce doit être ce que j’appellerai « l’économie sociale et écologique de marché ». Devons-nous adopter une stratégie qui nous isolerait à gauche ou, comme je le crois, nous fixer comme objectif le rassemblement le plus large autour de nous ? Vastes enjeux. C’est cela notre tâche, et non pas de nous disputer en 2008 pour savoir qui sera notre candidat en 2012, 2017 ou 2022 !

D’ici au congrès PS de 2008, que comptez-vous faire ?

Je travaillerai activement à des propositions pour répondre aux préoccupations de fond (emploi, pouvoir d’achat, vieillissement, vivre ensemble, pollutions, mondialisation financière...). Je vais aussi alerter et mobiliser contre les mesures injustes, par exemple la scandaleuse taxe sur les malades. Et poser au pouvoir des questions concrètes, en souhaitant des réponses précises. Oui ou non, le gouvernement s’engage-t-il dans les cinq ans qui viennent à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation de la TVA ? Même question pour la CSG et la CRDS. Si l’on refuse de me répondre ou si, comme c’est le cas jusqu’ici, l’on répond à côté, cela voudra dire qu’après les municipales les Français auront à payer une addition encore plus douloureuse et injuste qu’aujourd’hui.

                                               Laurent FABIUS - Le Parisien - 28 octobre 2007

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